Histoire de la famille franciscaine

L’Ordre des Frères Mineurs ou Franciscains est un ordre mendiant aujourd’hui regroupé en trois familles distinctes : les frères mineurs (Ordo Fratrum minorum), les frères mineurs conventuels (Ordo Fratrum minorum conventualium), et les frères mineurs capucins (Ordo Fratrum minorum cappucinorum).

LES ORIGINES

Lorsqu’il fonde sa communauté religieuse en 1209, François leur donne dans leur première règle l’appellation de Frères Mineurs, non seulement pour manifester l’humilité de leur démarche, mais aussi pour marquer leur appartenance au peuple des pauvres (minores) par opposition aux castes supérieures (majores) qui tenaient les richesses et le pouvoir de Toscane.
Il permet ainsi à des milliers de frères et sœurs de toutes conditions de suivre le Seigneur dans la pénitence, la pauvreté et la prière. « Ordre » est le terme ancien qui désigne une communauté de personnes observant des règles de vie communes.

Dans un premier temps, l’organisation de la communauté tenait sur des préceptes extraits de l’Évangile et sur un certain nombre d’exhortations aux frères.
Dans la règle définitive de 1221, confirmée par le pape en 1223, outre les trois vœux essentiels, les frères mineurs doivent observer une pauvreté absolue, tant privée que communautaire. Voués à la prière et à l’apostolat évangélique, ils doivent prêcher dans le monde, vivre d’aumône mais surtout de leur travail. La règle encourage la vocation des frères désireux d’aller prêcher en pays non chrétien.

En 1219, les frères mineurs se comptent déjà en milliers, répartis en treize « provinces ». Ce développement extraordinaire explique certainement les tensions entre « spirituels » et « conventuels » (appelés à l’époque : « frères de la Communauté. ») du vivant même de François d’Assise quant à l’interprétation de la Règle.
Jusqu’à quel point appliquer les rigueurs de la pauvreté ? Jusqu’à quel point le testament de Saint François devait-il s’appliquer ?
Ces questions menacent de diviser l’ordre jusqu’au 21 septembre 1230, date à laquelle le pape Grégoire IX publie la bulle Quo elongati par laquelle il prononce que le testament spirituel de saint François n’a pas force de loi.
Cette déclaration divise la communauté entre stricts observants de la Règle de saint François et modérés.
En 1260, Bonaventure (Photo), élu ministre général depuis 1257, fait proclamer par le chapitre général les constitutions de Narbonne, par lesquelles il exclut toute interprétation abusive de la Règle (en instaurant sa « juste observance ») et sauve ainsi l’unité spirituelle des frères mineurs. Si ceux-ci peuvent désormais posséder leurs terres et leurs monastères par le biais de syndics laïcs, ils en font un « usage pauvre », c’est-à-dire limité aux besoins de la communauté et tourné vers le bien fait aux pauvres.

Mais les siècles passant sur la réforme, l’unité de l’ordre est à nouveau menacée. De fait, l’Observance, qui regroupe l’ensemble des réformés et des spirituels, obtient du pape Léon X, le 29 mai 1517 (bulle Ite et vos) que soient groupés tous les réformés sous le nom de frères mineurs de la régulière Observance et qu’ils soient définitivement séparés des conventuels. Cette date marque ainsi la séparation des chemins entrepris par les frères mineurs, désormais constitués de deux, puis trois branches (Capucins) unies par la fraternité mais indépendantes.

LES CONVENTUELS

Les Conventuels ont toujours eu conscience de représenter la continuité de l’ordre fondé par saint François d’Assise en 1209 et réorganisé par saint Bonaventure en 1260. Lors du concile de Trente, une commission les dota de constitutions nouvelles (constitutiones pianœ) approuvées en 1565 par le pape Pie V. L’ordre des conventuels se voit reconnaître le droit de posséder des biens en propre et non plus sous la tutelle du Saint-Siège. La pauvreté des frères est encouragée. Ils se développent avec éclat, traversent des vicissitudes qui ne les empêchent pas de multiplier les constructions prestigieuses. Du point de vue ecclésial, les Conventuels donnèrent plusieurs papes à l’Eglise, après Nicolas IV (1288-92) que se partagent les trois branches : Alexandre V ( 1409-10) , Sixte IV (1471-1484) qui institua la fête de l’Immaculée Conception, Jules II (1503-13) amoureux des arts, Sixte V (1585-1590) et la mise œuvre du Concile de Trente, Clement XIV ( 1769-74)

Mais la Révolution française et le Premier Empire leur infligeront des épreuves importantes : démantèlement de l’ordre, destruction de nombre de ses édifices à travers l’Europe. À la fin du 19è siècle, on comptait pourtant encore 368 maisons et 1480 frères. Il faudra cependant attendre 1918 pour connaître une vraie renaissance. Les dernières constitutions générales sont datées de 1932. L’ordre est régi par un ministre général assisté d’un conseil de 4 membres. Chaque province, dotée d’un ministre provincial et d’un conseil de 3 membres, est divisée en custodies, chacune d’elle ayant à sa tête un custode. Les frères mineurs conventuels ont la garde des grands sanctuaires franciscains ( St François à Assise et St Antoine à Padoue), de 13 basiliques et de l’historique Archivio generalizio de l’Ordre. Depuis le Concile Vatican II, de nouvelles Constitutions régissent l’Ordre (1984).

Depuis le début du 19è siècle, couverts  d’une capuche avec camail, les conventuels sont vêtus de noir et non plus de gris cendre comme auparavant : leur lien avec le clergé local du fait qu’il tiennent de nombreuses paroisses, leur en a fait adopter la couleur..
Les Franciscains Conventuels tirent leur nom des grands couvents dans lesquels ils vivaient et de leur style de vie très communautaire. En France, on les a aussi appelés « Cordeliers », en raison de la corde qu’ils portent à leur taille, bien que ce soit le signe commun de toutes les branches franciscaines.
Dispersés depuis la révolution, les Conventuels  ont tenté une re-fondation en France à la fin du 19ème siècle, à Paris, dans le vingtième arrondissement . Mais les lois anti-congréganistes les chassent de nouveau.
La Province Suisse fonde à Bordeaux, après la seconde guerre mondiale, tandis que les frères de la Province de Padoue (Italie) accompagnent la première vague de migration italienne vers la France et fondent à Narbonne et à Tarbes où il sont encore.  Frappés de plein fouet par la crise des années soixante-dix, il s’en faut de peu, (les frères suisses étant déjà partis) qu’ils ne retournent en Italie. Le Chapitre général de Mexico (1992) en décide autrement et lance le « Projet France » : une nouvelle communauté est constituée à partir de Narbonne. Dès lors un postulat est fondé et verra en en dix ans se succéder six participants. deux d’entre - eux semblent aujourd’hui persévérer. Deux professions solennelles on été prononcée entre 2000 et 2004.
 
LA PREDICATION ET L’ETUDE

La prédication est un apostolat prêché et mis en pratique par saint François lui-même. Malgré la réticence de celui-ci, l’étude devient nécessaire pour la prédication : il écrit à Antoine de Padoue « afin d’enseigner la théologie aux frères pourvu qu’ils gardent l’esprit d’oraison ».  En 1230, la bulle papale Quo elongati détermine les études nécessaires aux frères désireux de prêcher.
Devenus un ordre studieux, les frères mineurs ouvrent des couvents d’études franciscains adossés à des universités : Paris (1219), Bologne (1220), Oxford (1224), Londres et Cantorbéry.
Dès lors, la pensée franciscaine s’illustre de grands noms dans l’ordre de la théologie et du savoir : Bonaventure, Guillaume d’Occam, Antoine de Padoue, mais aussi Roger Bacon.

Pour leur part, les Conventuels, du fait qu’ils étaient citadins, ont toujours développé la science et la culture comme des moyens d’ouverture et de dialogue avec la société qui les entourait ,en  participant à la recherche scientifique et a l’expression artistique, y compris dans les domaines profanes : on peut citer des frères Conventuels célèbres : Vincent Coronelli (1650-1718) , cosmographe et ingénieur, dont les mappemondes ont récemment été exposées au Grand Palais à Paris (Photos) , Rufin Bartollucci(1475-1550) musicien, qui a promu le nouvel art de la Fugue, Laurent Le Receveur (1757-1788) géologue et botaniste, explorateur de l’île de Pâque et aumônier de La Pérouse, Jean-Baptiste Martini (1706-1784) musicien, ami de J-S Bach et professeur de W-A Mozart, Jérôme Moretti( 1879-1963) psychologue et graphologue, initiateur de la science graphologique.

Le globe céleste de Coronelli exposé au Grand Palais à ParisParallèlement, les frères mineurs de toutes branches ont beaucoup œuvré aux côtés du pape à la réconciliation des églises d’Orient et d’Occident (Bonaventure et Nicolas IV). Leur expansion missionnaire importante leur permet de se voir octroyés des droits spéciaux sur le Saint-Sépulcre à Jérusalem. En Chine, Jean de Placarpin, Guillaume de Rubrouck et Jean de Montcorvin sont envoyés conjointement en mission par le pape et le roi de France ; Jean de Montcorvin sera le premier archevêque de Pékin (1307) et fondera trois évêchés chinois.

De même, ils ont travaillés avec passion dans le domaine de la mariologie, surtout à propos de l’Immaculée Conception. Deux noms illustrent particulièrement cette recherche, Jean Duns Scott (+ 1308) et le conventuel Maximilien-Marie Kolbe (+1941).

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